L’incertitude est devenue le sujet central de nombreux événements d’entreprise. Conventions de rentrée, séminaires de direction, journées de transformation : les organisateurs cherchent un conférencier capable d’aider leurs équipes à naviguer dans un monde instable, à reprendre de l’élan, à décider mieux.
Mais tous les conférenciers qui parlent d’incertitude n’abordent pas le sujet de la même façon. Selon ce que vous attendez, l’approche compte autant que le nom. Voici un panorama des principales familles de conférenciers actifs sur ce terrain, avec leurs forces et leurs spécificités.
Les conférenciers du terrain extrême
Ce sont des hommes formés à décider et à commander dans des situations où l’erreur coûte des vies : forces spéciales, unités de secours d’élite, opérations de crise réelle.
Matthieu Langlois, ancien médecin chef du RAID, a fondé Hot Zone Rescue Consulting. Il raconte comment des équipes médicales ont géré les attentats de 2015, et en tire des enseignements sur la prise de décision en situation de rupture.
Laurent Combalbert, ex-négociateur du RAID et fondateur de The Trusted Agency, parle de négociation sous haute intensité, de confiance comme ressource stratégique et d’agilité collective face aux situations complexes.
Blaise Agresti, ancien commandant du Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne (PGHM) de Chamonix et fondateur de Mountain Path, apporte une dimension supplémentaire : le leadership en terrain incertain, la lucidité face au risque, la coopération dans l’urgence. Il enseigne dans plusieurs grandes écoles (HEC, EM Lyon, Sorbonne) et a publié plusieurs ouvrages dont Guider en premier de cordée.
La force de cette approche est évidente : le storytelling est immédiat, la crédibilité incarnée, l’émotion réelle. La limite tient à la nature même de l’analogie. Gérer une prise d’otages ou un secours en montagne requiert des compétences que l’on peut admirer et partiellement transposer, mais le monde de l’entreprise, lui, est fait d’incertitude systémique et durable, pas de crises ponctuelles avec un début et une fin. Les outils du commandement opérationnel ne couvrent pas entièrement la complexité d’une transformation organisationnelle ou d’un marché en bifurcation.
Les conférenciers explorateurs et aventuriers
Une autre famille s’appuie sur l’expérience de l’exploration pour parler d’audace, de dépassement de soi et de prise de risque calculée.
Bertrand Piccard, psychiatre et aéronaute, est sans doute le représentant le plus connu de cette approche en Europe. Son tour du monde en ballon sans escale (1999), puis en avion solaire avec Solar Impulse (2016), lui donne une légitimité rare pour parler d’aventure, d’innovation et de vision dans l’inconnu. Ses conférences associent l’audace personnelle à la transition énergétique, avec un optimisme communicatif.
La force de ces conférenciers est leur capacité à embarquer émotionnellement une salle, à incarner physiquement ce qu’ils racontent. La limite tient à la nature de la métaphore : une expédition a un objectif clair, un équipage resserré, des indicateurs précis. Les organisations, elles, naviguent dans un chaos où les règles du jeu changent en cours de route, où les objectifs eux-mêmes sont parfois à redéfinir. L’analogie inspire, mais elle ne suffit pas à équiper les équipes pour la durée.
Les futuristes et théoriciens de la complexité
D’autres conférenciers abordent l’incertitude par le haut : depuis les grandes tendances mondiales, la prospective, ou la théorie académique.
Patrick Lagadec, chercheur français de référence internationale, a consacré sa carrière à la gestion de l’impensable et des crises hors-cadre. Son travail, reconnu par des décideurs publics et privés dans le monde entier, offre une profondeur de réflexion rare sur ce que signifie piloter dans l’inconnu. Ses interventions s’adressent surtout à des dirigeants qui veulent comprendre les dynamiques de rupture à un niveau stratégique.
Gerd Leonhard, futuriste humaniste suisse-allemand, est l’un des conférenciers les plus actifs au niveau mondial sur les questions de technologie, d’humanité et de futurs possibles. Son ouvrage Technology vs. Humanity et ses interventions dans plus de 70 pays en font une référence pour les entreprises qui veulent anticiper les transformations digitales et sociétales. Il défend un humanisme progressiste face au techno-optimisme dominant.
Ces conférenciers apportent une hauteur de vue intellectuelle précieuse. Leur limite est parfois une certaine distance avec l’opérationnel : les analyses sont riches, mais les équipes repartent souvent avec une meilleure compréhension du monde sans disposer d’outils directement applicables dès le lendemain matin.
L’approche scientifique appliquée : quand la théorie du chaos devient un outil de management
Il existe une quatrième approche, plus rare : celle qui s’appuie directement sur les sciences du chaos et de la complexité pour produire des outils de management immédiatement actionnables.
C’est la démarche que j’ai développée depuis plus de vingt-cinq ans. Convaincu que nous traversons une transition systémique sans précédent, j’ai voulu comprendre ce qui se passe réellement dans un monde chaotique, pas seulement le décrire ou le vivre, mais en extraire des lois utilisables. Les travaux d’Edgar Morin, de Nassim Nicholas Taleb, les théories des attracteurs étranges et des bifurcations m’ont fourni un cadre. J’en ai tiré trois outils concrets, directement applicables par un manager, un dirigeant ou une équipe : l’attracteur étrange pour donner une direction sans micro-manager, les routines exponentielles pour créer des effets de levier dans la durée, et le principe Direction + Répétition pour avancer dans l’incertitude sans se laisser paralyser par l’absence de certitudes.
Ce que la théorie du chaos appliquée au management offre, que les autres approches n’offrent pas toujours, c’est une réponse à la question fondamentale : pourquoi le monde est-il devenu aussi imprévisible, et comment fonctionner durablement dans cet environnement, pas seulement survivre à la prochaine crise ?
Le chaos n’est pas le bordel. C’est un système régi par des lois. Et ces lois, une fois comprises, deviennent de véritables leviers de pouvoir.
Si vous souhaitez en savoir plus sur cette approche, la page conférencier sur l’incertitude détaille ce que j’apporte concrètement à vos équipes.
Quel conférencier choisir ?
Le bon conférencier sur l’incertitude dépend de ce que vous cherchez réellement :
- Une expérience émotionnelle forte et un storytelling de terrain : les conférenciers du monde extrême sont excellents pour redonner de l’élan après une période difficile.
- De l’inspiration et de l’audace face à l’inconnu : les explorateurs-aventuriers embarquent les salles avec une énergie rare.
- Une lecture prospective des grandes transformations : les futuristes et théoriciens offrent une hauteur de vue indispensable pour les décideurs stratégiques.
- Des outils scientifiquement fondés et immédiatement applicables pour naviguer dans la durée : c’est ce que l’approche par la théorie du chaos propose.
Ces approches ne s’excluent pas. Mais si vos équipes ont besoin de repartir avec un nouveau modèle mental et des outils concrets pour décider et agir dans un monde incertain, le choix du cadre conceptuel compte autant que le charisme de l’intervenant.
Pour aller plus loin : d’autres conférenciers actifs sur ces thématiques
Au-delà des profils présentés ci-dessus, plusieurs intervenants francophones abordent l’incertitude sous des angles complémentaires.
Dans le registre du terrain extrême : Cédric Dumont, ancien champion du monde de base jump, parle de prise de décision sous pression maximale et de performance mentale dans l’inconnu. Vincent Boichard, ancien officier supérieur de la sécurité civile, partage plus de vingt ans de commandement lors de crises humanitaires et naturelles majeures.
Dans le registre de l’exploration : Jean-Louis Étienne, médecin et explorateur polaire, premier homme à avoir rejoint le pôle Nord en solitaire, intervient sur la résilience, l’engagement et la capacité à avancer sans certitudes. Guillaume Néry, champion du monde d’apnée, aborde la maîtrise des émotions et la gestion du risque à travers l’expérience de la plongée en eaux profondes.
Dans le registre des théoriciens : Olivier Sibony, professeur à HEC Paris et ancien Senior Partner chez McKinsey, est une référence sur les biais cognitifs et la prise de décision stratégique dans l’incertitude, notamment à travers son ouvrage Vous allez commettre une terrible erreur. Luc de Brabandere, mathématicien, philosophe et Fellow du BCG, invite les dirigeants à repenser leurs modèles mentaux et à imaginer de nouveaux cadres face aux ruptures.
Bruno Marion est expert en théorie du chaos appliquée au leadership et au management. Conférencier international bilingue français-anglais, il intervient auprès de dirigeants et d’organisations dans plus de 40 pays. Il est l’auteur de Chaos, mode d’emploi (Éditions Yves Michel) et de On ne va pas forcément tous finir avec une hache au fond de la forêt (Eyrolles).



