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Je veux être un fou joyeux

45 minutes avec les fêlés

Je voudrais partager avec vous une anecdote qui m’est arrivée… et qui a beaucoup changé ma vie : passer 45 minutes avec les fêlés.

Pendant plusieurs années, j’allais passer une ou deux semaines par an à Belle-Île-en-Mer en Bretagne.

Comme son nom l’indique, Belle-Île est une île ! Donc pour s’y rendre, il faut prendre un bateau. Et pour cela, le plus simple, c’est le ferry qui relie l’île à Quiberon plusieurs fois par jour.

 

 

Lors d’un de mes retours sur le continent, j’ai remarqué pendant l’embarquement du navire, l’arrivée de passagers… bruyants et hors du commun. À l’époque où l’on ne faisait pas autant attention à son vocabulaire, on aurait sûrement dit : des fous !

Ainsi, j’allais faire la traversée de 45 minutes avec une dizaine de passagers neuro-différents, comme on dit maintenant, plusieurs d’entre eux sur des fauteuils roulants, et leurs accompagnateurs.

Bien que je faisais tout mon possible pour ne pas trop les observer par politesse et sûrement un peu par gêne,  ma curiosité me ramenait constamment à ces passagers très animés et donc attirant encore plus mon attention.

Je suis un fou triste ! Je veux être un fou joyeux…

Après le départ du navire, je remarque une femme du groupe qui s’éloigne des autres et s’installe à quelques sièges de moi. Je suis fasciné par son visage sur lequel il semble y avoir une terreur, un effroi, permanent. Et je me dis que sa vie doit être un enfer. Cela devient même rapidement douloureux pour moi de l’observer car j’ai l’impression que sa peur me contamine.

Alors je la quitte des yeux et mon attention est alors attirée par un autre jeune de l’équipée qui lui aussi s’est éloigné du groupe et s’est assis à quelques sièges de moi, quelques rangs devant la “femme terrorisée”. Et lui rit aux éclats presque constamment. Il semble observer des choses qui le font exploser de rire. Intrigué, je recherche la cause de son fou rire avant de constater qu’il est en (si j’ose dire) fou rire quasi permanent !

Et là, je me dis : “c’est clair, si je dois devenir fou, je veux être fou comme le jeune homme au fou rire permanent et pas comme la dame terrifiée”.

Et puis, inspiré par ces rencontres peu banales pour moi et par la vue de l’océan, je commence à réfléchir à la nature de la folie. Qui est fou ? Eux ? Moi ? Comment définir les “limites” de la folie ? Qu’est-ce qu’un comportement, une vie, “normale”.

 

 

Et d’arriver à la conclusion : je suis peut-être déjà fou et si c’est le cas, je suis sans aucun doute possible comme la dame, peut-être à un degré moindre ( je vous laisse juge) : je suis souvent anxieux, régulièrement stressé, et soucieux de ce qui va m’arriver dans la vie.

Et je ne suis clairement pas du tout comme le jeune homme, rieur, léger, détaché, et riant de la vie.

Le cadeau des fêlés

Je pense souvent à cette rencontre et comment celle-ci a été un incroyable cadeau pour moi. Et je suis plein de gratitude pour ces passagers hors du commun et leurs accompagnateurs.

Car ce jour là, j’ai décidé : à partir de maintenant, je veux être un fou qui rit et pas un fou qui a peur !

Je suis loin d’avoir réussi et j’ai encore pas mal de rechutes mais je progresse…

Je me prépare à vieillir

J’ai repensé à cette rencontre récemment lorsque je discutais avec un ami de la fin de vie. Il partageait avec moi ses propres rencontres avec des personnes âgées dans l’établissement où se trouvaient ses parents et en particulier des personnes “protégées” (comprendre : isolées) parce que en risque de danger pour elle-même. Des personnes souffrant d’un forme de démence. Et il me racontait à son tour comment il observait parmi ces personnes certaines très angoissées et apeurées, apparemment sans raison.

Et cela a été un puissant rappel pour moi : si je ne veux pas finir ma vie en dément angoissé, je dois dès maintenant veiller à bien être dans la catégorie des fous rieurs…

Et vous, qui je n’en doute pas, n’êtes pas fou, vous êtes plutôt rieur de la folie de la vie ou angoissé et terrorisée par celle-ci ?

Bienheureux les fêlés, car ils laisseront passer la lumière (attribué couramment à Michel Audiard)

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