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Je vous présente ma maison résiliente

 Je vous présente ma maison résiliente

Dans un monde chaotique et turbulent, être fragile n’est pas une option viable. Si vous êtes fragile, vous prenez de gros risques. Qu’une nouvelle crise financière pointe le bout de son nez, une crise d’assez grande ampleur pour que le système bancaire ne fonctionne plus : comment votre carte de crédit payera-t-elle vos dépenses ? Si le système de transport et d’approvisionnement dont nous dépendons tous se retrouve bloqué et que les supermarchés se vident en quelques heures, de quoi vous nourrirez-vous au-delà des quelques jours de riz et de sauce toute faite dans vos placards ?

Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Personne n’aime vraiment penser à l’effondrement, à ce que nos sociétés développées mais très remuantes puissent s’effriter jusqu’à un point de non-retour. Peu importe : le champ des possibles n’est pas toujours une affaire de projets ou d’envies, et depuis 2008, je crois que les gens qui se sont posés la question sont plus nombreux qu’ils n’en ont l’air.

La fragilité est un luxe. Et le luxe, étant par définition inutile, est fragile. Les Japonais ont su développer des formes d’art extrêmement raffinées. Pourtant, ils n’ont presque jamais fait de porcelaines, contrairement à la Chine dont les céramiques sont si anciennes et connues que les anglophones appellent parfois la porcelaine « chinaware ». Mais pourquoi ? Les Japonais ne seraient-ils pas capables de modeler ou de peindre des vases raffinés ?

Si, bien sûr, mais leur environnement ne s’y prête pas : le Japon est l’un des pays les plus touchés au monde par les tremblements de terre. Les arts martiaux et les murs en papier sont plutôt robustes face aux secousses sismiques. La porcelaine, non. Si vous voulez faire de la poterie de luxe, assurez-vous d’abord que la terre sur laquelle vous vous trouvez ne risque pas de trembler la semaine prochaine.

Pour éviter que le sol ne se dérobe sous vos pieds et, qui sait, prospérer au milieu du chaos, vous devez limiter vos fragilités et développer vos résiliences. Soyez prêt pour un maximum de possibilités, devenez robuste ou capable d’amortir d’éventuels dommages. Qu’est-ce que cela donne dans la pratique ?

Avant de prétendre expliquer la résilience et l’action dans la mutation en théorie, je me suis efforcé de le faire concrètement, et ce que vous allez voir s’inscrit dans ce projet. Voici ma maison résiliente.

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Mon petit refuge résilient

Quelque part au sud de Lyon, dans l’Ardèche, ce domaine doté d’un ancien corps de ferme est aujourd’hui mon petit refuge personnel. J’y passe la majeure partie de mon temps quand je ne voyage pas autour du monde, notamment pour donner des conférences et conseiller des managers et des décideurs.

Pour être tout à fait honnête, ma maison ardéchoise n’est pas un lieu de farniente. La fractalité du monde ne s’arrête pas à l’univers urbain. Même entouré d’arbres, je me retrouve toujours à travailler d’une manière ou d’une autre, que ce soit au potager, pour couper du bois, ou sur l’ordinateur. On retrouve un peu de tout dans tout et les petits moments de décontraction que l’on prend en période de travail se retrouvent symétriquement, pendant les vacances, comme des moments de travail. Ce qui n’empêche pas les vacances d’être reposantes : depuis des années que j’ai cette maison, je n’ai jamais regretté de l’avoir choisie.

La maison est aussi une base productive à faible consommation et capable d’autonomie. En cas de catastrophe ou de conjecture anxiogène, c’est peut-être un lieu plus sûr que le cœur congestionné d’une capitale.

Qu’est-ce qui rend ma maison résiliente ?

La robustesse du domaine tient à plusieurs caractéristiques, à savoir :

  • Les voisins. Ce dont je suis le plus fier, c’est de mes voisins ! La résilience tout seul, cela n’existe pas…
  • L’architecture. Bâtie il y a très longtemps, la maison a été érigée avec des pierre de la région. Les murs ont été assemblés à l’épreuve du temps. Du coup, la maison s’intègre harmonieusement au paysage, et ses murs offrent une isolations thermiques raisonnable. En hiver, la chaleur reste à l’intérieur, et en été, la pierre fournit une ombre rafraîchissante à l’abri du soleil du sud de la France. Comme disent les spécialistes du risque, plus une technique ou une technologie existe depuis longtemps, plus elle a de chances de continuer à subsister. Les techniques de construction employées pour construire ces murs existent depuis des siècles, voire peut-être des millénaires : tout cela a donc toutes les chances de tenir debout encore longtemps.
  • L’ensoleillement. L’Ardèche est une région plutôt ensoleillée, soit un environnement optimal pour installer des panneaux solaires. Ici, j’ai des panneaux qui transforment la lumière gratuite, universelle et non-polluante du soleil en énergie électrique, plus quelques-uns qui servent directement à chauffer l’eau (et aussi l’ai en hivers). De quoi prendre de bons bains chauds sans empreinte carbone.
  • Le vent. Les zones vallonnées ont tendance à avoir aussi beaucoup de vent, les courants d’air changeant constamment d’altitude en longeant le relief varié. L’Ardèche ne fait pas exception. Outre les panneaux solaires, j’ai monté une petite éolienne sur un poteau d’environ dix mètres, et si cette installation est bien petite à côté des énormes hélices qui brassent l’air près de certaines autoroutes, elle suffit à produire deux fois plus d’énergie que la maison n’en consomme ! Le surplus d’énergie produit par les panneaux solaires est vendu automatiquement à EDF. De quoi produire de l’énergie au lieu de (seulement) en consommer, de façon écologique et durable, et au passage m’aider à payer les frais de la maison (on parlait bien de fragilité financière au début de cet article !).
  • Le bois. Un poêle et un insert fonctionnent très bien. Il suffit d’y mettre quelques bûches (bon, je vous avouerais que couper du bois est quelque chose de plutôt physique, mais personne n’a dit que ce serait facile !) et, une fois le feu bien allumé, sa douce chaleur irradie les lieux des heures durant. Sans mazout, sans chauffage électrique, sans charbon ni facture équivalente…
  • Un potager bio. Une serre me permet de faire pousser des tomates, des aubergines et bien d’autres fruits et légumes, tandis que le reste du domaine comporte des citronniers, des pommiers et d’autres arbres fruitiers aussi…

Ma maison résiliente : de la pierre, du vert, du vent et beaucoup de soleil. À l’aide de moyens à la fois anciens et contemporains, la maison tire parti de ressources renouvelables, courantes et locales pour produire de l’énergie et des commodités (chauffage, fraîcheur, eau chaude, fruits et légumes frais) au lieu d’en consommer. Telle est la clé de la résilience : être soi-même un centre au lieu de dépendre de centres de production extérieurs.

L’industrie à domicile est aussi vieille que l’agriculture. S’il paraît difficile d’imaginer aujourd’hui un monde sans grandes usines, sans plateformes pétrolières et autres installations industrielles de grande ampleur, un tel monde est pourtant tout à fait possible. L’humanité a essentiellement vécu de production à domicile et de commerce à petite échelle des millénaires durant. Les individus, les lopins de terre, produisaient déjà bien avant que les grandes machines ne prennent le relais. Vivre sans dépendre des usines, du système de transport mondialisé et de la production de masse serait quelque peu inconfortable, mais ce serait possible – alors que dépendre exclusivement du système de production de masse ne peut conduire qu’à la catastrophe, tant à cause de la fragilité d’un tel système que de la perte des moyens de production indépendants.

Le système économique et industriel mondialisé peut s’adapter comme ne pas s’adapter, et nous ferions mieux d’espérer qu’il réussira, mais dans tous les cas de figure, la production à domicile existera toujours.

Dans le monde que j’imagine, on chassera le wapiti dans les forêts qui pousseront sur les ruines du Rockefeller Center. On portera des vêtements de cuir assez solides pour durer une vie. On grimpera le long des lianes vertes qui enveloppent la tour Sears, et quand on regardera en bas, on verra de minuscules silhouettes occupées à empiler des épis de maïs et à étendre des languettes de gibier sur l’asphalte chaude d’une autoroute abandonnée.

—Tyler Durden (en anglais ci-dessous)

Un repaire survivaliste ?

À ce point, il vous viendra peut-être à l’esprit que ma base résiliente est parfaitement adaptée au survivalisme. Comme me le disait un ami : « c’est génial, avec tout ça, tu peux vivre en autonomie ! ». Ce qui est vrai. En cas de catastrophe ou d’événement grave, la maison et ses commodités, des fruits et légumes frais à l’eau et à l’énergie, continueront à bien fonctionner.

Toutefois, la préparation dite survivaliste n’est pas mon objectif final. Si je peux choisir, je préfère vivre connecté au réseau et au monde que demeurer isolé. Être indépendant est moins une fin en soi qu’un simple moyen. Plutôt vivre en étant un nœud de partage, qui fournit et contribue à la communauté, qu’une monade sans fenêtres…

La résilience restant synonyme de capacité à faire face à des problèmes, à s’en remettre après coup, de savoir agir face à l’inattendu (pour ne pas dire l’indésirable), la question de l’indépendance reste à mon avis cruciale. Le système électrique de la maison reflète ce souci.

Si le réseau électrique ne fonctionne plus, le système va s’enclencher automatiquement et alimenter la maison à l’aide des panneaux solaires, de l’éolienne et des accumulateurs d’énergie. La maison restera ainsi bien pourvue en éclairage, en eau chaude et ainsi de suite. De même pour le chauffage si l’événement a lieu en hiver. D’autre part, si le courant revient, le système autonome se mettra automatiquement en veille et se remettra à charger les accumulateurs d’énergie ou à alimenter le réseau électrique comme il le fait d’habitude.

Ainsi, ma maison résiliente n’est généralement pas autonome, puisqu’elle échange et vend, mais elle peut devenir autonome en cas de besoin.

Ici, la clé de la résilience réside dans l’optionnalité (comme disent les professionnels du risque). Nous ne visons pas à jouer les survivalistes, mais en cas de cygne noir massif, nous pouvons subsister de façon indépendante. Le reste du temps, c’est-à-dire dans 99% des cas, nous pouvons vivre connectés, en harmonie avec la nature et les gens, et contribuer au bien-être de tous en produisant sans polluer au lieu de simplement consommer.

Si vous m’avez lu jusqu’ici, vous pouvez aussi jeter un œil à mon livre Chaos, mode d’emploi ou découvrir le « go-bag », un sac tout prêt que l’on peut emporter rapidement avec soi en cas de besoin urgent.

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