Pourquoi vos voisins valent mieux qu'un bunker

Résilience en Crise : Pourquoi Vos Voisins Valent Mieux qu’un Bunker

Quelle est la chose la plus importante, et de loin, à avoir en cas d’effondrement, petit ou grand ?

Je vous explique…

Ma passion, ma mission, depuis 25 ans, c’est comment éviter un effondrement de notre société ET laisser le meilleur monde possible (ou le moins pire) à nos enfants

Et de manière réaliste, parce que nos sociétés sont dans une phase chaotique, nous allons sûrement traverser – hélas – encore un certain nombre de crises plus ou moins importantes.

Si vous revenez juste de vacances, vous avez probablement découvert que vous avez raté au moins 3 guerres…

C’est pourquoi je travaille aussi sur la résilience : comment traverser au mieux ces crises. 

Je travaille aussi sur l’anti-fragilité : comment ressortir encore plus forts des crises.

Mais commençons par la résilience

Pourquoi la résilience collective bat le survivalisme individuel

Le secret que révèlent toutes les études sur les effondrements :

De toutes mes recherches, ce qui ressort c’est que la chose la plus importante en cas de crise majeure, c’est… les autres !

Pour se préparer à un effondrement sociétal, il vaut mieux faire des réserves d’amis, de services rendus et de compétences plutôt que d’armes et de conserves

C’est le message central qui ressort des études sur les effondrements passés et les catastrophes modernes. Les communautés qui répondent le mieux aux crises ont des liens sociaux larges et solides.

Elles coopèrent rapidement quand la structure politique s’effondre, les voisins et connaissances prenant le relais de l’État (partage de ressources, aide médicale, protection mutuelle).

3 exemples de communautés résilientes en temps de crise

1. Hurricane Sandy 2012 – New York : Quand les voisins remplacent l’État

Quand l’ouragan Sandy a frappé New York en octobre 2012, laissant des centaines de milliers de New-Yorkais sans électricité, nourriture et eau potable, quelque chose d’extraordinaire s’est produit.

Pendant que la Croix-Rouge peinait à s’organiser, un groupe issu d’Occupy Wall Street a créé « Occupy Sandy » – un réseau d’entraide qui a levé plus d’un million de dollars et organisé des milliers de volontaires.

Le plus frappant ? Six semaines après l’ouragan, c’est la Croix-Rouge qui appelait Occupy Sandy pour savoir où aller et ce dont les gens avaient besoin ! Les bénévoles de terrain connaissaient mieux les besoins que les organisations officielles…

Ces réseaux de voisins auto-organisés ont ensuite servi de base aux groupes d’entraide qui sont apparus pendant la pandémie de COVID-19. La « connectivité tissulaire » était restée intacte et s’est renforcée à chaque crise.

 

 

2. Hurricane Katrina 2005 – La Nouvelle-Orléans : Le collectif qui a sauvé des quartiers entiers

Après Katrina, quand les services gouvernementaux se sont totalement effondrés et que des milices armées patrouillaient dans les quartiers défavorisés, un petit groupe s’est formé dans la cuisine de Malik Rahim dans le 9ème arrondissement.

Le Common Ground Collective a commencé avec 3 bénévoles et 50 dollars. Ils sont devenus la première organisation à ouvrir une clinique médicale dans le quartier d’Algiers et à fournir une aide immédiate (nourriture, eau, fournitures) aux milliers de résidents à faibles revenus qui n’avaient pas pu évacuer.

Résultat : ils ont grandi jusqu’à plus de 40 organisateurs à temps plein et des centaines de bénévoles, créé des cliniques de santé, des jardins communautaires, une radio locale, et même une bibliothèque d’outils. Vingt ans plus tard, leurs structures existent toujours et continuent de servir la communauté.

 

 

3. COVID-19 2020-2021 – Partout dans le monde : L’explosion de l’entraide de voisinage

Pendant la pandémie, quelque chose de fascinant s’est produit : des milliers de groupes d’entraide locaux ont émergé spontanément dans le monde entier.

À Brooklyn, le groupe Bed-Stuy Strong a soutenu 28 000 personnes et levé 1,2 million de dollars grâce aux dons communautaires. Leur secret ? Des flyers multilingues dans le quartier avec un simple numéro de téléphone où les résidents pouvaient laisser leurs listes de courses.

Nancy Perez, contaminée par le COVID, est restée confinée dans sa chambre pendant un mois. Les bénévoles de Bed-Stuy Strong ont livré régulièrement des repas pour ses deux fils et son petit-fils de 4 ans. Après sa guérison, Nancy est devenue bénévole à son tour.

Le plus beau ? Ces réseaux ont survécu à la pandémie et continuent de fonctionner, créant des liens durables entre voisins de milieux différents.

 

 

Pourquoi ça marche toujours (et pourquoi les bunkers de milliardaires ne marcheront pas)

Les milliardaires d’aujourd’hui poursuivent une stratégie d’investissement dans des lieux plutôt que dans les gens. Ça ne va pas beaucoup leur servir en cas de crises majeures… (même si j’imagine que quelques bouteilles de très bons crus peuvent aider quelque temps).

Voici pourquoi l’approche communautaire est infiniment plus efficace :

  • L’effet réseau : Un voisin connecté peut vous donner accès à des dizaines d’autres personnes avec des compétences complémentaires.
  • L’information locale : Vos voisins savent ce qui se passe réellement dans votre zone, les vraies ressources disponibles, les dangers à éviter.
  • La réciprocité naturelle : L’entraide crée des obligations morales durables. Si vous aidez quelqu’un aujourd’hui, il vous aidera demain.
  • L’adaptabilité : Les réseaux humains s’adaptent en temps réel, contrairement aux systèmes bureaucratiques figés.

Comment construire votre réseau de résilience dès maintenant

Mon ami Patrick Lagadec, expert en gestion de crise, appelle ça la « force de réflexion rapide » : ce petit groupe de personnes avec qui vous souhaitez communiquer et réfléchir en cas de crise.

Voici comment la construire dès maintenant :

  • Cartographiez vos ressources humaines : Qui dans votre entourage a des compétences complémentaires aux vôtres ? Médecin, bricoleur, jardinier, mécanicien, informaticien…
  • Créez des dettes positives : Rendez service sans qu’on vous le demande. Créez un réseau de réciprocité avant d’en avoir besoin.
  • Participez à la vie locale : Conseils municipaux, associations de quartier, événements communautaires… C’est là que se tissent les liens qui comptent.
  • Développez des compétences utiles : Premier secours, potager, réparations de base, médiation… Devenez la personne vers qui les autres se tournent naturellement.

La résilience commence par l’humilité

Contrairement à ce qu’on vous répète partout, être résilient ne consiste pas à être totalement autonome. C’est exactement l’inverse : c’est reconnaître votre interdépendance et la cultiver consciemment.

Les communautés les plus résilientes ne sont pas celles qui stockent le plus de conserves… ce sont celles qui partagent le plus de repas !

Questions essentielles pour évaluer votre préparation collective

Alors est-ce que vous accordez assez de temps à l’aspect humain, que ce soit dans votre vie personnelle ou dans votre organisation ?

Au cas où… prenez quelques instants pour vérifier :

  • Dans votre vie personnelle : Connaissez-vous vraiment vos voisins ? Avez-vous leurs numéros de téléphone ? Savez-vous qui pourrait vous aider et qui vous pourriez aider ?
  • Dans votre organisation : Vos équipes ont-elles créé des liens authentiques ? Peuvent-elles s’auto-organiser sans vous ? Avez-vous des partenariats locaux solides ?
  • Dans votre communauté : Participez-vous activement à des initiatives locales ? Êtes-vous connu et reconnu dans votre territoire ?

Ainsi, par exemple la chose la plus importante de ma maison résiliente en cas de crise, c’est mes voisins !

Parce que comme le montrent toutes les études, quand tout s’effondre autour de nous, ce qui nous sauve… c’est ce lien invisible qui nous unit aux autres.

 

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Bruno Marion est expert en théorie du chaos appliquée au leadership et au management. Conférencier international bilingue français-anglais, il intervient auprès de dirigeants et d’organisations dans plus de 40 pays. Il est l’auteur de Chaos, mode d’emploi (Éditions Yves Michel) et de On ne va pas forcément tous finir avec une hache au fond de la forêt (Eyrolles).

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