Les secrets de la Silicon Valley

Un incroyable écosystème innovant

J’ai eu l’occasion de participer récemment à une learning expedition organisée par l’Institut International de Prospective sur les Ecosystèmes Innovants de l’Université Catholique de Lille. Cela m’a permis de découvrir d’autres aspects de la Silicon Valley que je connais un peu par ailleurs car j’y anime des conférences et des séminaires depuis plusieurs années.

Je souhaite partager avec vous les points qui m’ont le plus marqué lors de ce séjour dans cet écosystème vraiment particulier et unique dans le monde.

Silicon Valley Map

Les chercheurs d’or

J’ai tout d’abord été sensible à l’histoire de la Silicon Valley, à commencer par une culture marquée par son passé de Ruée vers l’Or et de new frontier : de nouveaux espaces à découvrir et à conquérir. On retrouve cela aujourd’hui dans certains aspects de la culture propres à la Silicon Valley et qui étonnent mêmes les américains venants d’autres régions, en particulier de la Côte Est. Ainsi, j’ai observé un mélange de réelle ouverture et entraide entre les personnes. Ici, les plus puissants savent qu’ils parlent peut-être au fondateur du prochain Appel ou Google. J’ai ressenti une vraie capacité d’écoute en particulier pour les idées nouvelles. Comme au temps de la ruée vers l’or, il faut être capable de s’entraider. Et comme au temps de la ruée vers l’or, on ne va pas tout dire non plus à son nouvel ami et cet état d’esprit d’entraide peut vite s’arrêter à la demande de la signature d’un NDA (Non Disclosure Agreement) avant de reprendre un deuxième café pour pouvoir continuer les discussions…

gold rush

Le Pitch

Lié à cette mentalité de chercheur d’or, un des points clés de la culture de la Silicon Valley, c’est le pitch. Ici tout le monde à un pitch. Ainsi, tout le monde est capable de vous vendre son projet en trois minutes chrono. En bon français, je trouvais cela très commercial et un peu artificiel. J’ai complétement changé d’avis ! J’ai découvert qu’il s’agit surtout d’un procédé d’une très grande élégance (en plus d’être efficace) : comment présenter mon projet, ou ce qui me passionne en ce moment dans la vie, en peu de temps pour ne pas faire perdre de temps à mon interlocuteur… et lui donner la possibilité de m’aider s’il le souhaite. Et bien sûr de faire de même avec lui après avoir écouté son propre pitch

Depuis ce voyage dans la Silicon Valley, je travaille maintenant continuellement sur mon pitch !

Stanford

L’histoire de l’Université de Stanford me semble être au cœur de la création et de la réussite de la Silicon Valley.

A la fin du XIXe siècle le magnat des chemins de fer, gouverneur et sénateur de Californie Leland Stanford et sa femme, Jane Stanford ont acheté énormément de terres agricoles, (à l’époque sans grande valeur) au sud de San Francisco. Lors d’un voyage en Turquie ils perdent leur unique enfant, Leland Stanford Junior, mort de la typhoïde juste avant son seizième anniversaire. Dévasté, et ne sachant que faire pour perpétuer la mémoire de leur fils chéri, Leland Stanford aurait déclaré à sa femme « Les enfants de Californie seront nos enfants », phrase qui est généralement considérée comme l’acte fondateur de l’université. Son but a alors été d’en faire une des meilleures universités au monde dans les domaines de sciences et des technologies. On peut dire sans trop se tromper que Leland Stanford a atteint son but et que la mémoire de leur fils est honorée.

Aujourd’hui la présence de l’Université de Stanford est impressionnante tant par le luxe et la taille de son campus (aussi grand que Paris) que par la présence de ses anciens élevés à la tête des plus grandes entreprises de la région.

On peut aussi dire que l’on forme ici l’élite de l’élite ou dire que Stanford est l’école des 1% des 1% ! En effet, le montant des frais de scolarités, même si l’accès à des bourses est possible et réel, réserve cette école à l’élite financière des États-Unis, et même comme on va le voir du monde. C’est déjà une première sélection importante à laquelle il faut rajouter que seuls 5% des candidatures sont acceptées. L’élite intellectuelle de l’élite financière…

Et cela semble ne pas être fini. Pendant mon séjour à Palo Alto, j’en ai profité pour rendre visite à mon vieil ami Marc. Il est américain mais revient juste de plusieurs années en Inde après Hong Kong et le Japon. Je lui ai demandé : « Pourquoi Palo Alto ? » Et bien pour une seule raison : pour que ces enfants puisse avoir accès aux écoles publiques de Palo Alto qu’il a identifié comme étant parmi les meilleures au monde ! Et il n’est pas le seul ! Ainsi aujourd’hui à Palo Alto, 50% des transactions immobilières sont du fait de Chinois qui viennent s’y installer, ou y installer leur famille… pour la même raison. Le prix moyen d’une maison à Palo Alto est de 2,7 millions de dollar (presque autant d’Euros). Et pour ce prix moyen, vous avez une maison… moyenne, pas la maison de vos rêves !

Stanford

Fairchild

Un autre élément plus récent majeur de l’histoire de la Silicon Valley me semble être l’aventure Fairchild Semiconductor.

En 1956, William Shockley avait créé, à l’invitation du fabricant de matériel de laboratoire Beckman Instruments, son Shockley Semiconductor Laboratory à Mountain View. Il proposa à plusieurs de ses collaborateurs des Laboratoires Bell de le suivre. Mais lorsque ces hommes eurent amassé suffisamment de capital et furent assurés de détenir les brevets d’exclusivité utiles à leur entreprise, selon une version… ou à cause de l’effroyable caractère de Shockley selon une autre version, ils quittèrent en bloc le laboratoire de Mountain View et créèrent leur propre société. Pour cette raison, ces huit hommes : Julius Blank, Victor Grinich, Jean Hoerni, Eugene Kleiner, Jay Last, Gordon Moore (oui celui de la loi de Moore et co-fondateur d’Intel), Robert Noyce (autre co-fondateur d’Intel avec Andy Grove) et Sheldon Roberts, sont connus comme les traitorous eight.

À la recherche de capitaux, ils se tournèrent vers Fairchild Camera and Instrument, une société de la Côte Est. C’est ainsi qu’en 1957, un nouveau département de Fairchild, Fairchild Semiconductor, voyait le jour. Et l’industrie des semi-conducteur naissait au cœur de ce que l’on appellera plus tard la Silicon Valley…

semiconductor

La Silicon Valley : aujourd’hui et demain

Aujourd’hui avec les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et les autres AirBnB, Uber, etc. et leurs milliards de dollars disponibles, les liens étroits avec une des meilleures universités au monde et, il ne faudrait pas l’oublier, une diversité culturelle rarement égalée ailleurs dans le monde, il semble que la Silicon Valley va au moins dans un future proche confirmer sa suprématie dans le domaine de l’innovation technologique. De nombreux autres aspects contribuent à cela que je n’ai pas abordés tel que la présence et la force des Venture Capitalists ou même la clémence du climat !

Cette suprématie dans l’innovation technologique m’a rendu par contre évidente la bien moindre présence des innovations « sociales » dans cet écosystème. C’est pourtant de mon point de vue un des enjeux majeurs de notre époque. Les discussions que nous avons pu avoir sur des sujets tels que le transhumanisme, par exemple lors de notre rencontre avec la Singularity University, montrent de que les enjeux d’éthiques passionnent moins que les enjeux technologiques. Pourtant, au-delà de l’innovation technologique, comment allons-nous vivre avec ces nouvelles technologies… et d’une manière générale, comment allons-nous vivre ensemble ? De nombreuses personnes, de nombreuses régions voudraient reproduire le modèle de la Silicon Valley, je leur conseillerai plutôt de chercher à inventer un autre écosystème innovant, différent, ou dans dans d’autres domaines, dans l’innovation sociale par exemple !

Retrouver mon interview faite par Florence Leray au cours de cette learning expedition (5 minutes) :

Et surtout visionner gratuitement le film complet (1h) qu’elle a réalisé par Florence Leray lors de ce voyage, une mine d’informations où vous allez retrouver des interviews passionnantes :

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