L'entreprise bien plus que libérée !

Jean Ramirez et l’entreprise bien plus que libérée

J’ai rencontré Jean Ramirez le PDG de Largier Technologies en voisin. Son entreprise, comme ma maison résiliente, se situe en Ardèche. Il a eu la gentillesse de venir m’y rendre visite. C’est la première interview que je réalise chez moi, vous pouvez voir le feu dans le poêle 🙂

L’expérience de Jean est absolument fascinante et inspirante puisqu’il applique les méthodes les plus avancées du management (selon moi) dans une entreprise on ne peu plus classique (plombier- chauffagiste).

Indispensable !

L’entreprise

Pour faire simple on est plombier – chauffagiste et notre société est basée à Vals les Bain en Ardèche du sud. Nous sommes une centaine de personnes et on fait à peu près 10 à 12 millions de chiffre d’affaire. Si je devais dire quelque chose sur mon entreprise c’est qu’on a un fonctionnement atypique, extrêmement décentralisé au niveau du fonctionnement. Par exemple l’acte d’achat qui est généralement centralisé, chez nous c’est totalement décentralisé et c’est 80 personnes chez nous qui achètent !

Des équipes indépendante de 10 à 15 personnes

La société est fractionné en dix sous entreprises de 10-15 personnes maximum pour que les gens se connaissent. Les personnes se cooptent entre elles. Le manager est élu par l’équipe et à ce titre l’équipe se donne des objectifs en début d’année, au niveau commercial, au niveau des achats, etc… Pour prendre très concrètement l’aspect achat, ils achètent où ils veulent, à la valeur à laquelle ils veulent, et la seule chose que l’on demande c’est qu’ils rentrent cela dans le système d’information pour qu’ils puissent être consolidés au niveau de l’équipe dans un premier temps, au niveau de l’entreprise bien entendu et puis demain au niveau du groupe.

Un souci d’efficacité

On n’est pas une association à but non lucratif et notre souci c’est l’efficacité. Nos clients prennent de plus de plus de temps à  décider et nous laissent  de moins en moins de temps pour réaliser nos chantiers. On travaille aussi avec d’autres corps de l’Etat qui ont des fonctionnements qui sont très différents du notre. Donc on a une volonté que toutes les prises de décisions se font plus près du terrain. On a un processus extrêmement court en termes de fonctionnement. Bien évidemment, l’inconvénient de cela c’est qu’on achète sans doute moins bien qu’un professionnel de l’achat, mais le gros avantage c’est la réactivité.

La confiance

Aujourd’hui en parle beaucoup d’essayer d’impliquer les gens et ce qui sous-tend cette chose là c’est la confiance. Qu’est ce qui fait qu’une équipe fonctionne? Un des ingrédients est la confiance. Cela ne peut être que des mots mais après il faut que ce soit mis en acte, et une des choses par exemple c’est : je te donne le carnet de chèque de l’entreprise! Ça c’est un acte de confiance. Concret et tout à fait palpable pour une personne. Donc elles se sentent du coup, responsabilisées puisqu’elles ont le carnet de chèque de l’entreprise. La première question qu’on me pose généralement, c’est le montant limite pour les achats. Et bien , il n’y a pas de limites. On a confiance ou on n’a pas confiance.

Une rencontre

Une rencontre qui a fait un peu l’étincelle pour moi. C’est une personne que l’on ne connait pas très bien en France, le PDG de Ner Group en Espagne. Une entre prises qui construit des autocars. Un des titre de ses livres, c’est: La réussite c’est la confiance.  En gros, quand il présente son organigramme dans son livre, c’est une sorte de cellule d’auto organisation des salariés. Le mode de fonctionnement est totalement décentralisé les équipes se forment d’elles même avec énormément de communication.

Un organisme vivant

Une lecture qui m’a beaucoup apporté est celle d’Edgar Morin, qui montre que le complexe est différent du compliqué. Ce sont deux termes totalement opposés. La structure pyramidale, par exemple, est quelque chose de compliqué, alors que le complexe se rapproche plus de la notion de vivant et de l’organisation des cellules.

La cellule est quelque chose de mouvant, ce n’est pas figé. Le vivant évolue en fonction de ce qui se passe à l’extérieur. Tout est interconnecté dans l’entreprise et aussi entre l’entreprise et son tissu social. Tout est interconnecté, tout cela bouge en fonction des éléments extérieures qui bougent de plus en plus vite.

Les équipes

Une personne peut changer d’équipe quand il ou elle veut. La seule chose que je demande c’est qu’il explique à l’équipe pourquoi il part, et il faut qu’il soit coopté par l’équipe où il arrive. Il y a par exemple un gars qui se déplace beaucoup donc si par exemple il décide de faire un enfant c’est le moment de moins faire de déplacement et que  par exemple: je veux une équipe assez sédentaire. Tout le monde sait pourquoi et ceux qui l’accueillent aussi.

L’information et la transparence

Tout le monde est au courant de tout, en particulier la partie sensible que sont les finances. Les gens ont accès à l’intégralité des résultats de leur équipe et de l’entreprise, et des autres équipes également, en temps réel. La première chose que je fais quand on m’invite sur le chantier, je demande : quel est ton chiffre d’affaire?  Quel est ton résultat? Quel est  le nombre d’heures que tu fais sur le chantier?  Je veux que chaque salarié de l’entreprise sache combien il ramène à l’entreprise.

Une organisation innovante et ancrée dans le réel

Je fais venir des entreprises extérieures, et j’avoue que quand j’écoute les gens de terrain qui expliquent comment fonctionne l’entreprise, les plombiers chauffagistes, et la manière dont ils expliquent le mode de fonctionnement  avec leurs mots, j’avoue que j’ai un petit côté fierté.

Tous les salariés sont équipés d’un ordinateur et les ordinateurs aussi c’est eux qui les achètent c’est eux qui les choisissent. On est totalement zéro papier, chez nous tout est informatisé.

Le recrutement

On a un système où le recrutement se fait beaucoup par apprenti. On a une vraie culture de l’apprentissage. On a beaucoup d’enfants qui rejoignent l’entreprise alors que leur parents y travaille déjà. Et je suis très fier de la confiance des parents qui confient leur enfant à l’entreprise.  Aujourd’hui, il y a 6 enfants de membres d’équipe.

Les recrutements se font  par cooptation, il n’y a pas de RH chez nous pour recruter. C’est l’équipe qui recrute.

La seule chose que je demande c’est de rencontrer les nouveaux pour expliquer les valeurs de l’entreprise.  Quand une personne arrive, on passe la journée ensemble. Tous les salariés qui rentrent de l’entreprise je passe la journée avec eux pour expliquer ces valeurs.

3 conseils pour le futur

  • On ne gagne plus tout seul, la notion d’équipe pour moi fait le plus de sens. Donc ne fais pas seul, tu n’y arriveras pas. Je pense que aujourd’hui la génération qui arrive elle est en prise avec ça.
  • Change : change d’équipe, va voir ailleurs. Expérimente.
  • Et surtout amusez-vous! Nous on est une entreprise sérieuse,  on est reconnu comme telle, mais on ne se prend pas aux sérieux.

Regardez l’interview :

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2 comments

  • Sylvain 03/07/2017   Reply →

    Merci pour le partage, c’est très intéressant de voir ces principes de management appliqués à ce type d’entreprise. Un autre exemple connu est la société de nettoyage SOL, voici un article là dessus: https://www.fastcompany.com/27983/dirty-business-bright-ideas.

    Dans le secteur de l’information ces principes sont mis en œuvre par la méthode Scrum. Elle permet non seulement d’engager les participants mais aussi de traiter la complexité – en général, la complexité de solutions digitales pour l’entreprise mais tout type de projet fonctionne.

    Je suis consultant en transformation et mon métier est d’aider ma société à définir un mode de fonctionnement plus efficace. Au bout de quelques années j’ai réalisé que le facteur principal c’est la confiance. Mais cela, le management n’est pas prêt à le lâcher. Les scandales récents ou moins récents créent une tendance vers le contrôle et non vers la confiance et la décentralisation. Si vous voyez chez nous le nombre de personnes qui vérifient ce que les autres font, ou vérifient ce que les autres vérifient (contrôles de 2e ou 3e niveau dans la pyramide du contrôle permanent), vous vous arracheriez les cheveux. Et même dans les départements IT de ma société, les managers souhaitent déployer Scrum sans en embrasser la philosophie, ils veulent être au top de ce qui ce fait, être « in » mais sans remettre en question leur pratiques et leurs valeurs… Quel gâchis.

  • brunomarion 04/07/2017   Reply →

    Merci beaucoup Sylvain pour votre commentaire. Je ne connaissais pas SOL. Super intéressant.

    J’aurais plaisir à échanger avec vous autour d’un café 🙂

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